Journal régional lancé en 1994, sa diffusion s'est élargie à l'ensemble du territoire cinq ans plus tard. La recette de ce succès ? Ouverture aux opinions divergentes, priorité aux informations de proximité et espace publicitaire restreint. Trois ingrédients qui séduisent tant le lectorat que les annonceurs a assuré Abdou Benabbou, son directeur de publication, à APN au cours d'un entretien où il est aussi question du flou qui règne sur les chiffres de diffusion en Algérie.
APN : Comment un journal régional à l'origine est-il devenu le premier quotidien national avec un tirage de 193 000 exemplaires ?
Abdou Benabbou : Il serait plus honnête de relativiser la position d'un journal en fonction de son tirage. Précisons d'abord que Le Quotidien d'Oran n'est pas le premier quotidien national mais le premier quotidien francophone en termes de tirage. Il reste à démontrer sur des bases sérieuses et scientifiques si cette position se traduit par une influence proportionnelle sur l'opinion publique. Ceci étant Le Quotidien d'Oran est perçu comme un journal crédible, sérieux et ouvert sur toutes les opinions aussi divergentes soient-elles. Associée à une couverture des faits de proximité, cette ouverture nous vaut un lectorat de sensibilités différentes et se trouve à la base de notre succès.
APN : Que vous apporte en termes de recettes publicitaires ce rang de premier journal francophone ?
AB : Nos recettes publicitaires sont celles d'un grand journal algérien même si nous avons toujours privilégié l'information sur la publicité. Il nous est arrivé face à des contraintes d'espaces de tirer des numéros sans aucune publicité. D'aucuns ont considéré cette option comme suicidaire. Sans vouloir nier l'importance des recettes publicitaires, nous nous efforçons de ne pas faire passer le commercial avant l'information. Le lectorat est sensible à cet effort qui nous a permis de gagner en audience. Paradoxalement, cet élargissement est pourvoyeur de ... publicité.
APN : En Algérie prévaut un flou sur les chiffres de diffusion. A qui profite-t-il ? Qui en pâtit ?
AB :La diffusion est une étape importante qui dépend de plusieurs paramètres. Elle nécessite de lourds investissements et un jeune journal édité dans un pays non-développé ne peut à lui seul l'assumer. Le flou en matière de diffusion est une conséquence de la désorganisation économique et sociale dont tout le monde profite et paradoxalement tout le monde pâtit.
L'idéal serait la mise en place d'une société de distribution à l'image de la Nouvelle Messagerie de la Presse Parisienne (NMPP) française mais les journaux algériens ne semblent pas sur la même longueur d'onde commerciale car en la matière les règles les plus élémentaires sont compromises par d'énormes intérêts politiques quand elles ne sont pas contrariées par de petits intérêts mercantiles.
APN : A quand un Organisme de Justification de la Diffusion en Algérie ? Le besoin et la demande de transparence existent-ils ?
AB :L'absence d'OJD est voulue et entretenue par un système politique peu enclin à mettre en place des règles claires. Un OJD peut constituer un premier jalon pour un retour aux normes pour peu que les responsables politiques acceptent ce besoin de transparence. Un tel organisme permettrait l'instauration d'un plus grand professionnalisme seul susceptible de mettre les choses en ordre et d'apporter la transparence dont ce métier a besoin.