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Bilan mitigé pour le cinéma marocain


Après le gavage médiatique subi juste avant l'Aïd avec le Festival du film international de Marrakech, le Centre cinématographique marocain (CCM) dévoile les chiffres liés à la performance du cinéma marocain en termes de recettes.


Ce cinéma est riche et autant apprécié par les Marocains que de l'audimat étranger, donc prompt à l'exportation. Or, pour contrer la persistance du réseau illégal du marché local cinématographique alimenté par les DVD piratés, trouvables de nos jours à tous les coins de rues, il faut inciter les spectateurs à fréquenter les salles.

Car enfin, si personne ne paye plus le coût réel d'un visionnage, c'est la mort assurée d'un art, qui, s'il ne se cantonne qu'à divertir pour quelques heures les foules, reste le 7e art majeur et nécessaire à toute société qui se respecte.

L'année 2007 aura été marquée par le foisonnement de films décrivant un Maroc moderne, en phase avec son époque. Ainsi, Les Anges de Satan, ou l'épopée de ces jeunes jugés et enfermés pour leurs goûts musicaux originaux, tirée d'une histoire vraie ; What a Wonderful World de Faouzi Bensaidi, Yasmine et les Hommes de Abdelkader Lagtaâ ont réalisé de bons scores en matière d'entrées, même face à des bulldozers comme Spider Man 3, Shrek 3, Taxi 4 ou encore Harry Potter 5… Au total, les films marocains auront enregistré plus de 339 000 entrées sur 2.5 millions, toutes salles et tous films confondus, avec une recette de 7 millions de dirhams.

Cependant, à cause de la fermeture des salles à une vitesse alarmante, la stratégie pour faire survivre l'industrie consiste à faire augmenter les prix des places en compensation de la baisse de fréquentation. Les tarifs vont d'une vingtaine de dirhams pour les petites salles de quartier à plus du double pour les complexes comme le Mégarama de Casablanca ou celui de Marrakech. Et il faut dire que pour le spectateur, l'optique de devoir dépenser une centaine de dirhams (parking, entrée, grignotage compris) peut être dissuasif. Pour remédier à ce problème, certains acteurs de l'industrie ont bien pensé à motiver les troupes en redonnant un souffle nouveau au cinéma local : c'est le cas par exemple de la Film Industry.

Outre des moyens importants engagés pour promouvoir le cinéma marocain, certains auteurs font juste avec les moyens du bord et comptent sur leur créativité pour redorer l'image de la discipline. Ainsi, des films, simples mais forts, ont vu le jour ces dernières années, comme L'Enfant Endormi, qui raconte l'histoire d'un mythe maghrébin selon lequel on peut endormir l'enfant dans le ventre de sa mère en attendant le retour du père, de Yasmine Kassari. Ce film a fait 7.632 entrées payantes en 2007 sur 15 semaines de présence à l'affiche, ce qui fait une moyenne de 500 spectateurs hebdomadaires, petit score pour un grand film, comme quoi quantité ne rime pas toujours avec qualité.

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Des sujets souvent mal adaptés

Le cinéma marocain est à l'image des Marocains : il adore parler du Maroc.
En témoignent des titres comme Moroccan Dream, Wake up Morocco, les Casablancais, Casablanca Casablanca… Puisant souvent ses sujets dans la réalité, leur traitement n'en est pas pour autant réaliste.

Ainsi, la pauvreté, la misère sexuelle, l'émigration sont montrés comme vécus, donc en toute subjectivité, comme si les problèmes réels que sont les enjeux de la politique ne pouvaient être abordés qu'à travers des personnages et des situations fictionnels ou comme si l'objectivité, pour autant qu'elle soit possible, était perçue comme dénonciatrice.

Le Maroc est un sujet en soit et le public est friand de la chose marocaine mais tant que l'industrie se la jouera frileuse, la production restera artisanale et les films à succès, un évènement sporadique.

Alexandra Girard | LE MATIN
Mercredi 02 Janvier 2008

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