Nos objectifs peuvent être résumés en la recherche permanente de réponses à des questions qui ont préoccupées depuis des décennies critiques, professionnels du cinéma et public. Nos essais s'inscrivent parmi d'autres qui visent à véhiculer un point de vue concernant des sujets, que nous estimons importants, comme la créativité, le sacré, l'histoire…
Nos références ne pourraient être autres que le sentiment d'appartenance, l'amour pour le 7ème art et le souci de son essor.
1/ Cinéma marocain : les débuts
Evoquer les débuts du cinéma marocain nous concerne dans le fait que le processus créatif suit une continuité qui peut trouver ses origines dans les premières tentatives de brosser les aspects d'un cinéma national et nous pensons qu'au Maroc, le début était avec « Wechma » de Hamid BENNANI en 1970. Un départ dont l'atout fondamental est de former une conscience artistique nationale. Ensuite d'autres réalisateurs ont tenté d'ériger l'édifice comme Moumen SMIHI, Ahmed BOUAANANI, feu Mohammed REGGAB et d'autres. Ces réalisateurs ont fait du souci de l'identité un sujet dont la récurrence était perceptible dans les premières œuvres de ces réalisateurs. Par conséquent le sujet et la technique cinématographique ont été perçu comme moyen pour donner au cinéma marocain une certaine particularité et le libérer, même partiellement, du conformisme et des moules selon lesquels plusieurs cinémas ont fonctionnés et continuent de le faire.
Ainsi, REGGAB dans « le coiffeur de Derb Al fouqara » ou MEZIANE dans son court métrage « Noé » ont interrogé la profondeur de l'être marocain et ont œuvré pour que leurs films apportent une valeur originale au cinéma marocain.
De même, Ahmed BOUAANANI dans « Mirage » a évoqué des thèmes comme la culture nationale, la prise de position culturelle, la mémoire…
Nonobstant ces faits, l'essor de la production et le nombre de films produits chaque année, loin de contribuer à l'essor artistique et créatif, ont déclaré la chute du projet de cinéma national.
2/ La créativité : évolution et régression
Avec des débuts prometteurs de certains cinéastes marocains, un espoir est né : voir le cinéma marocain évoluer et embrasser les préoccupations d'un public de plus en plus intéressé et impliqué. Mais la déception était aussi grande que l'espoir.
En effet, certains réalisateurs ont déçu le public car leur production allait descendo. D'autres ont été préoccupé par la révélation de leur savoir faire technique et ont omis de réfléchir à se faire un projet artistique personnel qui contribuerait à la formation du projet national capable de fonder et servir les grandes valeurs universelles.
Cette situation a donné naissance, selon le critique Hamid TBATOU, à des orientations dans le cinéma marocain qui pourraient être résumées comme suit :
1/ films à orientation créative
2/ films à orientation commerciale
3/ films à orientation triviale
4/ films à orientation narcissique (1)
Il s'ensuit donc que le cinéma marocain n'a pas pu se faire une place bien à lui dans le paysage culturel national. Les causes sont nombreuses : d'abord le cinéma au Maroc n'a pas pu se libérer des contraintes exercées sur d'autres domaines de la création. Donc il a opté pour le traitement de sujets en vogue et a omis l'investigation dans l'oublié et le marginalisé de notre culture. Tâche qu'il devrait s'assigner car « un cinéaste est un journaliste : il doit informer et commenter. Ce qui compte c'est la morale, c'est ce que l'auteur exprime. La technique n'a aucune valeur en soi. L'histoire aussi n'a pas de valeur, c'est le prétexte au film, c'est comme le modèle pour un peintre impressionniste. » (2)
L'influence du cinéma par la situation culturelle au Maroc est devenue plus claire avec le choix des thèmes. En effet une logique bizarre a commencé à prendre les commandes du champ culturel : promouvoir des thèmes et marginaliser d'autres, soutenir et censurer et le cinéma a souffert de cette situation. (le film d'Abdelkader LAGTAA « la porte close » en est un exemple)
Bref, on peut remarquer que le film marocain ne s'est pas encore assigné l'objectif de rendre service à la culture locale. Les cinéastes marocains, à l'exception de quelques uns, n'ont pas encore oser se défaire des contraintes institutionnelles et aborder des sujets qui pourraient faire la richesse de notre cinéma du point de vue esthétique et créatif si ces sujets sont traités de façon autre que celle qui fait de nous, de nos coutumes, de nos pratiques des produits étranges au moment ou il devraient être pris d'un autre angle : révéler la valeur culturelle en la rattachant à son contexte.
Cette perspective de travail nécessite obligatoirement un travail de cinéaste conscient, intellectuel, ouvert sur les autres domaines de la culture. Aspect faisant défaut chez nombre de nos cinéastes qui ont fait de leur domaine un champ isolé. Par conséquent, ils se sont privés d'œuvres littéraires et artistiques qui pourraient nourrir, fortifier leurs travaux et les rendre plus proches, plus intéressant pour le chercheur, le critique et le public.
3/ L'image du marocain dans le cinéma :
L'artiste confirmé est celui qui se fait une idée préalable de son œuvre et d'un système de fonctionnement culturel qui lui est propre. Donc il traite les sujets à sa façon et partant de ses références. Dans ce cas, on peut dire que le cinéaste a sa propre philosophie et sa touche artistique particulière.
Le cinéaste marocain, a-t-il réussi à avoir sa particularité ?
Nous pensons que c'est le grand pari des cinéastes marocains. Ils devraient se forger leurs domaines de valeurs, leurs références et leurs objectifs artistiques avant de faire du Marocain leur thème.
L'image du marocain dans notre cinéma, n'a pas été régie par une vision claire, exception faite de quelques cinéastes dont A. LAGTAA qui, depuis « un amour à Casablanca » a su bien transposer la réalité marocaine dans son aspect le plus intime. Cela a nécessité, incontestablement, une prise de position audacieuse et une disponibilité à supporter les conséquences d'un tel choix.
LAGTAA, dans ses films, s'est éloigné du prêt, du simple pour aborder l'image du marocain dans sa complexité latente et en optant pour la stratégie qui consiste essentiellement à poser des questions sans en suggérer de réponses. Ce réalisateur a su se démarquer et apporter sa touche personnelle au processus de création.
Dans son dernier film « face à face » et loin de plusieurs expériences qui ont fait « des années de plomb » leur motif de création tout en insistant sur la violence et la torture physiques, simples à approcher ; LAGTAA a insisté sur les séquelles qu'a laissé cette torture sur les victimes de ces années.
4/ La critique cinématographique :
Soumettre la critique cinématographique au Maroc à une étude objective nécessite préalablement une lecture minutieuse de tout ce qui avait été écrit. Tâche difficile, voire impossible, vue qu'une grande partie de cette critique est, soit orale (les débats qui suivent les projections surtout au sein des ciné-clubs) soit publiée dans différentes tribunes ; ce qui rend le travail de répertoriage difficile.
Mais il est à signaler que la critique cinématographique a connu une régression dont l'une des causes est le recul que connaît la fédération nationale des ciné-clubs au Maroc. Cette dernière a constitué, pour des années, un espace de formation pour ses adeptes.
De plus cette critique n'a pas encore eu la place qui lui sied dans notre système éducatif et universitaire et les travaux de recherche liés au cinéma restent rares dans nos établissements.
Conclusion :
Le film, à l'instar de toute œuvre d'art, est un produit collectif. Donc chacun de nous est appelé à collaborer pour promouvoir cet art et ce par l'adoption de positions claires et sincères car le cinéma fait partie du projet culturel national.
Les nouvelles productions des jeunes cinéastes marocains (H. BELABBES, F. BNSAIDI, N. NEJJAR, S. FARROUKHI…), à coté des vétérans, donnent un sentiment d'espoir que notre cinéma est en évolution que nous souhaitons positive et durable.