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Les blogs et les SMS, sources d'information alternatives au Zimbabwe


Johannesburg : Les opposants zimbabwéens utilisent de plus en plus Internet et les SMS pour échanger des informations et dénoncer les brutalités du régime autoritaire de Robert Mugabe, dans un pays où la presse et la liberté d'expression sont bâillonnées.


Les blogs et les SMS, sources d'information alternatives au Zimbabwe
Les images du cadavre affreusement torturé de Gift Mutsvungunu, un responsable de l'opposition, sont floues, mais elles font froid sans le dos. Elles ont été diffusées sur le blog "This is Zimbabwe", une note précisant que les clichés sont de mauvaise qualité parce que leur auteur tremblait de peur.

Au Zimbabwe, les médias indépendants classiques sont quasiment réduits au silence et les journalistes de la plupart des médias étrangers sont interdits de séjour. "Toute organisation ou ONG travaillant dans le domaine de la promotion de la liberté d'expression est en danger", souligne dans un courrier électronique Bev Clark, un des fondateurs de Kubatana, réseau d'organisations à but non lucratif qui gère un forum de blogs sur Internet. "Le Zimbabwe est enfermé dans la peur."

Kubatana, basé à Harare, compte 13 blogueurs au Zimbabwe, qui envoient par courriel leur contribution à un administrateur chargé de les mettre en ligne. L'activité du réseau ne se limite pas au Web: des SMS sont aussi envoyés à 3.800 abonnés.

Les blogueurs au Zimbabwe sont surtout des militants de l'opposition, dont les thèmes de prédilection vont du SIDA à l'effondrement économique du pays en passant par les violences perpétrées par le régime. Outre leur valeur informative, les blogs peuvent aussi avoir une certaine influence.

Fin juin, "This is Zimbabwe" a lancé une campagne contre l'entreprise allemande Giesecke & Devrient, fournisseur de papier monnaie pour un dollar zimbabwéen en pleine déconfiture sur fond d'inflation galopante. Après une semaine, l'affaire a été reprise par les médias internationaux et la société a annoncé qu'elle cesserait de traiter avec le Zimbabwe.

On trouve aussi sur les blogs des listes comportant les noms de victimes de la violence politique, assortis pour chaque personne d'une brève description de la manière dont elle a été tuée.

Ceux qui mettent les informations en ligne le font anonymement, car ils prennent de gros risques. Le bruit court que des agents du gouvernement rôdent sur Internet et interceptent des appels, surtout depuis l'adoption d'une loi l'an dernier autorisant la surveillance des communications téléphoniques et du Web.

Seules les stations de radio et de télévision publiques et "The Herald", journal gouvernemental, fournissent quotidiennement des informations au Zimbabwe. Il n'y a pas de radio indépendante et les journalistes sans accréditation officielle, un sésame difficile à obtenir, ont dû mal à travailler.

Restent Internet et les téléphones portables. Selon Internet World Stats, une organisation en ligne compilant des statistiques sur l'usage d'Internet dans le monde, 1,3 millions de Zimbabwéens, soit 11% de la population, utilisaient Internet en mars 2008. Et selon une publication de la CIA, 832.500 Zimbabwéens, soit 6,7% de la population, étaient équipés d'un téléphone portable en 2006.

Les coupures de courant quasi-quotidiennes peuvent rendre l'utilisation du Web difficile. Les communications par téléphone portable sont également peu fiables. Il faut parfois plusieurs heures pour envoyer un SMS.

La radio SW Radio Africa, basée en Grande-Bretagne et lancée par une journaliste zimbabwéenne exilée, émet au Zimbabwe et envoie des SMS à 25.000 auditeurs chaque jour, un nombre qui augmente d'un millier par semaine actuellement. Les radios émettant depuis l'étranger au Zimbabwe doivent émettre sur de multiples fréquences pour éviter d'être brouillées par le gouvernement d'Harare.

Un récent droit d'importation sur la presse impose une taxe de 40% pour les journaux indépendants comme "The Zimbabwean", publié à l'étranger, transporté jusque dans le pays et également disponible sur Internet. Selon l'éditeur de la publication, Wilf Mbanga, le tirage hebdomadaire a baissé de 200.000 à 60.000 et le journal a cessé de publier son édition dominicale.

AP
Vendredi 25 Juillet 2008




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