« Les blogs constituent un moyen de plus en plus ordinaire de s'exprimer, tant pour les professionnels des médias que pour les particuliers », constate le rapport sur la concentration et le pluralisme dans les médias dans l'Union européenne, adopté le 2 juin en Commission Culture.
Et en effet, le nombre de blogs a explosé dans le monde : selon certaines études, 120.000 blogs seraient créés chaque jour à l'échelle planétaire.
100 millions de blogueurs, et moi et moi et moi...
Derrière le mot Blog se cache en fait une grande variété de modèles et d'auteurs ; de l'étudiant qui tient son journal intime à l'artiste qui expose des oeuvres sur la Toile, en passant par le journaliste qui expose ses opinions ou l'amateur de photos qui dévoile ses derniers clichés...
Tous les blogs ont en commun des auteurs mettant régulièrement en ligne leurs « billets », sur lesquels les internautes peuvent laisser des commentaires. Outil d'expression libre, le blog est avant tout interactif. « Les blogs et leur contenu contribuent de manière fraiche et vivante à animer le paysage médiatique à multiples facettes », estime le député belge Ivo Belet (Parti Populaire Européen-Démocrates Européens).
« Il ne faut pas les restreindre. Néanmoins, certaines questions légales, comme la propriété intellectuelle ou le droit de réponse, existent et nécessitent une solution appropriée ». Cette solution, le projet de rapport rédigé par la députée estonienne Marianne Mikko (Parti Socialiste Européen), tente de l'esquisser.
Des problèmes légaux à clarifier
« L'expansion (des blogs) implique la nécessité d'établir des garanties légales quant à l'attribution des responsabilités en cas de poursuites judiciaires et d'établir un droit de réponse », constate le rapport adopté en commission. Il propose par conséquent d'assimiler les blogs à « toute autre forme d'expression publique ».
Objectif ? Répondre à l'utilisation croissante de vidéos et de photos personnelles des utilisateurs, qui peut poser des problèmes de respect de la vie privée des citoyens et des personnalités publiques. Et offrir un droit de réponse sur internet, comme pour la presse (ce droit existe déjà dans plusieurs pays européen, par exemple en France).
Mais l'auteur du projet de rapport, Marianne Mikko, ajoute : « Certains blogueurs tiennent un journal de leurs pensées et des évènements de leur vie. D'autres défendent ouvertement un programme politique ou bien...moins ouvertement ! ». Selon elle, il est très difficile de savoir quel blog correspond à quoi et à qui : « la confusion est immense », ajoute-t-elle.
Même son de cloche chez l'Allemand Jorgo Chatzimarkakis (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe), qui a donné l'opinion de la commission Affaires économiques et monétaires à ce sujet : « Les blogs sont des outils puissants qui peuvent représenter une forme avancée de lobbysme : imaginez les groupes de pression, les intérêts professionnels ou autres groupes utilisant les blogs pour faire passer leur message ! Si cela n'est pas surveillé, cela peut menacer le pluralisme des médias ».
Un label qualité pour les blogs?
« Les groupes d'intérêts financiers, commerciaux ou professionnels utilisant des blogs devront être inclus dans le système de surveillance du pluralisme des médias », propose Jorgo Chatzimarkakis, qui appelle à créer des médiateurs pour l'indépendance des médias dans chaque Etat-membre. Selon lui, cela permettrait de savoir qui finance ou soutient quel blog. Qui serait concerné par ces mesures ? « Tous les blogueurs qui représentent ou expriment plus que leur opinion personnelle dans leur blog », explique Jorgo Chatzimarkakis.
Une surveillance indispensable pour permettre au public de garder confiance dans les blogs, qu'il considère généralement comme des « médias sincères », renchérit Marianne Mikko. « Nous avons besoin d'une marque de qualité, de révéler qui écrit réellement et pourquoi », ajoute-t-elle. Elle propose donc d'encourager la labellisation volontaire des blogs, « en fonction des responsabilités professionnelles et financières et des intérêts de leurs auteurs et éditeurs ».
Mais Marianna Mikko n'a pas été suivie par ses collègues : sa proposition a été rejetée par une majorité de députés européens en commission Culture et elle ne figure plus dans le rapport adopté.