Home  >  Chronique



AccueilAccueil    EnvoyerEnvoyer    ImprimerImprimer    Augmenter le texteAugmenter le texte    Diminuer le texteDiminuer le texte

Syria Today : parrains syriens et américains autour du berceau


Andrew Tabler - Lorsque j'ai décidé de lancer une revue d'actualité politique à Damas, mes amis m'ont dit que le premier numéro serait aussi probablement le dernier. Ce mois-ci, en octobre, notre mensuel – une co-entreprise syro américaine, a fêté son troisième anniversaire.


Syria Today
Syria Today
Au niveau du Moyen-Orient, la Syrie présente un des environnements le plus hostiles à la presse. Aussi le lancement d'une publication privée en langue anglaise par une équipe mixte syroaméricaine constitue-t-il une aventure exceptionnelle et remarquable. Le succès de Syria Today's à ce jour est dû au fait que tant les Américains que les Syriens éprouvent le besoin de disposer d'une couverture de presse, sur la Syrie et en provenance de la Syrie, plus analytique et de meilleure qualité.

Les tensions avec l'Occident des années 1980 ont amené le gouvernement syrien à fermer la plupart des bureaux de presse étrangers. Du fait de cette mesure radicale, les contacts de la Syrie avec le reste du monde - surtout dans le domaine des affaires et du journalisme - se sont rétractés. Ce relatif isolement a fait reculer le niveau de qualité de la presse nationale, au point même que les propres ministres du gouvernement ont pu qualifier d'"illisibles" les articles de la presse locale. Quant aux lecteurs occidentaux, ils recherchaient désespérément des informations sur la Syrie d'une source autre que le quotidien d'Etat de langue anglaise The Syria Times, qui continue de débiter ses articles de propagande aussi orwelliens qu'emberlificotés.

Notre réussite est aussi due au fait que les deux partenaires, du côté syrien comme du côté américain, mesurent parfaitement leurs points forts et leurs faiblesses respectifs. Dès le départ, les propriétaires syriens – la femme d'affaires Kinda Kanbar et deux investisseurs damascènes – ont admis que tout le côté rédaction de ce quotidien de langue anglaise devait être laissé à des anglophones natifs. J'ai ainsi pu disposer, de même que mes confrères anglo-saxons de Syria Today, d'un véhicule qui m'a permis d'aider des journalistes syriens à acquérir une qualité d'écriture qui leur permettra de mieux atteindre un lectorat occidental.

Mais, sans les faits et les citations des experts du cru, une technique de journalisme, toute astucieuse qu'elle soit, ne mène pas très loin. Et c'est là qu'interviennent la connaissance de la situation locale et la pénétration sociale. Grâce à leurs réseaux, nos partenaires syriens peuvent aider les journalistes de Syria Today à obtenir des rendez-vous importants. En lisant les articles, ils peuvent nous suggérer des modifications de forme qui nous permettent de traiter de questions sensibles sans pour autant encourir les foudres d'une censure tatillonne.

Le fait que le magazine ait pu sortir tous les mois alors que la Syrie d'Assad doit faire face à des pressions internationales intensives tient en quelque sorte du miracle. En tant qu'associé américain de Syria Today, je m'intéresse moins aux aspects comptables qu'aux avantages que procure notre collaboration. Washington ayant placé la Syrie sur la liste des Etats qui encouragent le terrorisme international, toute aide américaine au développement dans ce pays est proscrite. Du fait des sanctions économiques américaines, les entreprises américaines se gardent bien de s'y lancer dans des partenariats ou des entreprises conjointes. Alors que le marché syrien regorge d'articles américains de contrebande, les Américains eux-mêmes n'ont pas le droit de transférer de façon organisée à la population syrienne les connaissances professionnelles dont elle a tant besoin. Quarante ans et plus d'un socialisme à la soviétique ont poussé les éléments les plus prometteurs à quitter le pays. Ceux qui sont restés ont été mal formés, dans l'ignorance la plus absolue des normes internationales. Aujourd'hui, Syria Today est peut-être, dans toute la Syrie, la seule institution du secteur privé qui transmette régulièrement une information sur les idées et les valeurs sous-jacentes aux produits américains. C'est donc un moyen rare d'échanger des informations sur le commerce et l'innovation entre les deux pays.

Le gouvernement syrien respectant scrupuleusement le principe de la laïcité politique, Syria Today n'évoque que rarement des questions religieuses. Mais, tout en puisant à des sources culturelles différentes, nous avons malgré tout pu instaurer un riche débat. La culture américaine est explicite, directe et éprise de liberté. La culture syrienne est plus indirecte, nuancée et hiérarchique – non seulement à cause de la nature autoritaire du régime, mais aussi en raison de la structure patriarcale de la famille. C'est sans doute la raison pour laquelle on n'entend pas beaucoup parler, ici, de la collaboration entre hommes d'affaires occidentaux et entrepreneurs arabes; les situations nuancées conviennent aux Syriens, car tout engagement ouvert avec des occidentaux pourrait être utilisé contre eux. En Occident, nous crions tout cela du haut des toits. C'est plus une question de forme que de fond.

Par le passé, les régimes autoritaires devaient faire une cure politique radicale avant que leurs économies centralisées puissent bénéficier de la manne américaine. Avec l'arrivée de la mondialisation et le passage de pays comme la Syrie au capitalisme de marché, le secteur privé américain peut désormais traiter directement avec les milieux d'affaires sans avoir à passer directement par les institutions du régime en place. Mais, pour que les choses se fassent correctement, il faudrait que Washington repense sa politique de sanctions à l'égard de la Syrie et d'autres Etats du même genre et encourage le secteur privé américain à exploiter son pouvoir en douceur pour améliorer les relations entre les deux pays. Cette démarche ferait merveille pour réparer la réputation de l'Amérique aux yeux du monde et pour promouvoir la compréhension mutuelle.

Syria Today et autres entreprises de même nature sont bien plus que des affaires commerciales – ce sont les outils qui nous permettent de rapprocher les opinions publiques de pays qui, en gros, s'ignorent.

* Andrew Tabler termine son mandat de chargé de cours à l'Institute of Current World Affairs de Washington. Il est rédacteur en chef du magazine Syria Today de Damas.

Andrew Tabler - CGNews
Samedi 17 Novembre 2007

Scoopeo Fuzz Digg Tape-moi Nououz Blinklist Furl Reddit Newsvine Spurl Y! Blinkbits Co.mments Connotea Blogmarks Technorati Meneame Wikio Facebook Google



Nouveau commentaire :

Nom*
Adresse email* (non publiée)
Site web

Commentaire
B i u  QUOTE  URL
Me notifier l'arrivée de nouveaux commentaires
Votre adresse IP sera enregistrée avec votre message : 38.103.63.17
Avis important : 1- Nous ne sommes pas responsables des messages postés sous les articles de notre portail et nous ne garantissons aucunement la précision, l'utilité, ni si l'information est complète de tout message, et nous ne sommes pas responsables du contenu de ceux-ci. 2 - Le post du même commentaire sous divers articles et l'écriture en MAJISCULES ne sont pas autorisés. 3 - Ne mettez pas trop d'espaces en écrivant vos commentaires ou la répétition d'une ponctuation du genre (!!!! ou ....... etc.) Merci (La modération Limage.info)

|1| >>

Actualités | Appels | Chronique | Entretien


www.limage.info : Liberté pour le journaliste Hourmat Allah.




Site Google



Allez-vous au cinéma ?

Territoires : photographe des frontières

Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale)/«Faire quelque chose avec rien», voilà un peu le mantra...

Les remises en question du photojournalisme

Luc Debraine, Zurich/ EXPOSITION. Montrés à Zurich, les reportages récompensés par le célèbre...

DOUBLE VOIX(E) UN FILM DE DRISS ROUKHE ET RACHID ZAKI

Une production Chada prod 2008 صوت...

Mohammed VI. King of Bollywood

Le roi a commandé au fameux photographe de stars André Rau un livre sur le Maroc. L'ouvrage sera...

Quand Paris rend hommage à André Zucca, photographe collabo

André Zucca (1897-1973) fut le photographe français accrédité de Signal, journal de propagande...