Emmanuelle Béart, Sami Bouajila, Michel Blanc et Julie Depardieu jouent dans Les témoins, portrait sensible d'un groupe d'amis bouleversé par l'arrivée du sida, au début des années 1980.
Pour André Téchiné, 64 ans, il s'agit d'un film très personnel.
""Je l'ai fait par devoir de mémoire envers des amis qui ont disparu dans ces années-là, et parce que j'ai eu le sentiment moi-même d'avoir échappé à mon destin"", explique-t-il d'emblée.
Car être ""passé à travers"" cette épidémie a été ""fondateur"", dit Téchiné.
""J'avais envie d'en parler, parce que c'est quelque chose qui a beaucoup changé ma vie, ma façon de concevoir les relations, cela m'a fait comprendre que je n'étais qu'un simple mortel"", poursuit le cinéaste.
Dans le film, le personnage de Sarah, joué par Emmanuelle Béart, est la narratrice, représentation du cinéaste, qui donne la clé du titre lorsqu'elle affirme qu'ils sont ""tous des témoins du passage de Manu"", un jeune garçon atteint du sida, ""parmi eux"".
""Ils ressentent un devoir de mémoire par rapport à lui, parce qu'il les a changés, transformés, ils ne sortent pas indemnes de cette histoire"", explique Téchiné. ""Pour moi, ces quatre personnages ont tous aimé Manu, chacun à sa façon, cet amour les a réunis et opposés, selon les moments"".
André Téchiné se dit ""fasciné"" par les rencontres inattendues.
L'intrigue du film, celle d'un ""couple dont le mari est troublé par un jeune garçon, dont il accepte les avances avant d'apprendre que celui-ci a le sida, vient d'une histoire qu'on m'avait racontée"", rapporte Téchiné.
Le cinéaste dit avoir ensuite ""fait tout un travail de documentation historique, auprès de médecins et de chercheurs"" pour rapporter avec authenticité le contexte de l'apparition de la maladie.
""Pour moi, c'est un film historique, mais sa forme est celle d'un conte, un conte pour adultes avec un mélange de moments d'enchantement et de frayeur"", dit-il, ""même si c'est une époque tragique, j'ai voulu qu'il y ait dans le film des petits moments où l'on s'arrête pour contempler la beauté du monde"".
En dépit de sa notoriété, Téchiné, réalisateur exigeant qui a signé une vingtaine de films en près de quarante ans, dont ""Hôtel des Amériques"" (1981) ou ""Ma saison préférée"" (1992), n'aurait pu faire ""Les témoins"", au budget de 6 millions d'euros, sans l'appui de ses quatre comédiens principaux, dit-il.
""C'était risqué, forcément, le sujet était dérangeant"", conclut-il, évoquant la frilosité des investisseurs par rapport à la ""liberté sexuelle des personnages"", plus que face à l'évocation du sida.