Le 6 octobre 1994, elle était arrêtée, avec sa fille, et jugée coupable de "publication d'informations préjudiciables à l'Etat". Elle a passé sept ans en prison. San San Nweh a reçu le prix de la Plume d'Or de la liberté de presse de l'AMJ conjointement avec U Win Tin en 2001. Elle a écrit cet article pour l'Association Mondiale des Journaux.
San San Nweh a pris un risque non négligeable en écrivant cet essai pour la campagne mondiale de l'AMJ en faveur de la liberté de la presse. Depuis sa libération en 2001, elle est toujours sur la liste noire de la junte au pouvoir. Tous ceux qui sont en contact avec elle peuvent s'attendre à avoir des ennuis. Une fois son texte terminé, Nweh n'a trouvé personne en Birmanie pour le traduire par peur de représailles. Plusieurs personnes ont offert de traduire cet essai si elle s'abstenait d'utiliser son véritable nom. San San Nweh n'était pas prête à accepter une telle condition. Des difficultés techniques l'ont empêchée d'envoyer l'article par e-mail, et craignant pour la sécurité de son collègue, elle ne lui pas demandé de le transmettre à partir de son ordinateur. Le texte a finalement été lu au téléphone à un journaliste en Inde, enregistré sur une cassette et retranscrit, avant d'être envoyé à Paris pour traduction.
Au début des années 1960, quand j'étais encore adolescente et au début de ma carrière de reporter régional, j'ai eu l'occasion de découvrir le style d'écriture de U Win Tin en lisant des articles qu'il avait écrits sur ses voyages à l'étranger. Son talent pour rendre intéressant les divers aspects de la vie sociale d'un point de vue politique et avec une détermination très claire est sans pareil. Plus tard, j'ai découvert que U Win Tin écrivait également merveilleusement des articles sur les beaux-arts sous le pseudonyme de Paw Thit. J'ai beaucoup appris à travers ses écrits.
Dans les années 1988 et 1989, juste avant que U Win Tin soit emprisonné, j'ai noué des liens d'amitié très proches avec lui, pendant qu'il était Secrétaire de la Ligue nationale pour la démocratie. Je travaillais alors comme membre du Comité organisateur divisionnaire et comme membre exécutif du Groupe intellectuel central. De mon balcon, j'apercevais U Win Tin dans son bureau, qui faisait les cent pas. Son ombre saisissante m'imprégnait l'esprit, m'encourageant et me renforçant encore plus mon engagement. J'ai entendu les nombres incalculables de fois où U Win Tin a aidé et soutenu ses collègues et leur famille, tant au niveau éducatif que de la santé, pendant tout le temps où il travaillait comme journaliste,
Cela fait maintenant plus de quinze ans que nous avons perdu un bon dirigeant avec l'emprisonnement de U Win Tin. La santé de cet homme d'une intelligence brillante doit décliner à présent. Nous ne retrouverons jamais notre leader tel que nous l'avons connu, en bonne santé et assidu au travail. Nous avons souvent entendu de mauvaises nouvelles concernant la détérioration de sa santé. En tant que prisonnier, il a été admis à l'hôpital, puis réexpédié en prison, et vice-versa. Tel est le cycle de sa vie depuis longtemps. Le soutien des médias et des organisations internationales de journalistes a eu certainement un impact positif sur son état d'esprit. En Birmanie, nous devons faire son éloge en secret chaque fois que nous avons des nouvelles de lui à travers la communauté internationale. Nous devons l'honorer de notre confiance, mais en silence.
J'aimerais ici citer U Win Tin en personne : "Nous regardons une bonne chose, et nous voyons le bien. Nous regardons une mauvaise chose, et nous percevons le mal. Nous ne frappons pas dans les mains chaque fois nous aspirons au bien, pas plus que nous montrons quelqu'un du doigt quand nous nous érigeons contre le mal. Après avoir étudié pourquoi une chose est bonne ou mauvaise, nous raisonnons sur la relation de cause à effet qui fait que les gens pensent et ressentent de telle ou telle façon". Qui a le droit de qualifier ce penseur pragmatique d'élément destructeur ? Nous avons véritablement besoin de notre dirigeant U Win Tin qui veut la vérité et le progrès et qui aspire à la beauté de la paix sur terre.
Puissiez- vous retrouver la liberté en bonne santé.