Le prix Canon de la Femme Photojournaliste 2008 a été attribué à Brenda Kenneally par l'AFJ (l'Association des Femmes Journalistes) pour son projet de reportage Upstate Girls : what became of Collar city, une plongée dans le quotidien sans pitié des familles américaines les plus précaires. Elle recevra son prix lors de la 20è édition du festival Visa Pour l'Image, le 6 septembre 2008.
La Maison Européenne de la Photographie accueille une rétrospective du travail de Sophie Elbaz, photo-reporter à l'agence Reuter puis à l'agence Sygma, qui s'inscrit également dans une introspection personnelle.
Dans les coulisses d'un monde qui est le sien
D'origine juive séférade, elle porte en elle la cicatrice du déracinement transmise par la naissance qui inconsciemment, a dicté ses sujets d'intérêt tels la guerre, la violence, l'exclusion.
Choisissant un autre point de vue que celui des médias, elle traque ce qu'elle nomme "les coulisses de l'oubli" où se terrent les réfugiés bosniaques ("Contre toute attente").
François-Guillaume Lorrain - Un anniversaire : quarante ans depuis l'invasion des chars soviétiques à Prague. Un témoin, magistral : Josef Koudelka.
Le hasard a voulu qu'il soit revenu à Prague la veille de l'invasion. Il était en Roumanie pour y tirer le portrait de quelques Tsiganes. Un sujet qui l'obsède déjà, qui ne cessera de l'obséder. La photo, chez lui, remonte à l'enfance, elle a le goût du bon pain : le boulanger de son village morave était un photographe amateur. Pour se payer son premier appareil, il ramasse des fraises. En 1967, il abandonne son métier d'ingénieur aéronautique et s'inscrit à l'Union des artistes pour s'adonner à sa passion. Sans deviner le cours dramatique qu'elle va prendre.
Le 21 août 1968, il est réveillé par le téléphone à 4 heures du matin. "Les Russes sont arrivés", crie-t-on au bout du fil. Croyant à une blague, il raccroche et se rendort. Nouveau coup de fil. C'est une amie. Elle lui conseille d'ouvrir la fenêtre. Des avions militaires ébranlent le ciel pragois. Il se saisit de son appareil, descend dans la rue, se précipite vers la radio tchèque, premier bâtiment investi par les Russes en 1945. Il s'en est souvenu. Son instinct ne l'a pas trompé. Sa première photo est celle d'une décapotable, avec trois jeunes à bord, drapeau au vent, filant vers la radio, qui sera le grand îlot de résistance.
Le premier jour, les Russes sont désorientés. Koudelka mitraille à tout va, sans se cacher. Entre ses clichés, parfois à peine quelques secondes. Plusieurs sont flous. Il photographie un jeune homme qui ouvre son blouson devant un soldat, debout sur un tank incendié, mitraillette au poing. A-t-il parlé au jeune homme ? "Pas eu le temps." Mais, le lendemain, les Russes finissent par le repérer. "Les gens empêchaient les soldats de m'attraper. J'entrais dans un magasin, un camion venait me chercher, je me cachais sous une bâche." Un jour où il shoote depuis les fenêtres, il doit fuir par les toits. Dans sa fuite, il confie ses rouleaux à un garçon. Le lendemain, il revient les chercher. Le garçon les a déjà expédiés à Vienne, à Radio Free Europe. Koudelka, qui dispose d'un passeport, part pour Vienne récupérer une partie des rouleaux. "Le reste avait été envoyé à Munich. Je ne les ai jamais retrouvés."
Pris par le temps, Koudelka ne va pas développer ses photos avant plusieurs mois. Il montre les premières à une amie critique d'art, Anna Farova, qui les transmet à Vaclav Havel, invité aux États-Unis par Arthur Miller. Mais son voyage est annulé. D'autres sont remises à un directeur de musée américain, Eugene Ostroff, en visite à Prague, qui les confie à Elliott Erwitt, alors président de l'agence Magnum. Erwitt veut savoir s'il y en a d'autres. Koudelka, méfiant, ne veut rien céder. Son amie Farova le rassure sur les intentions de Magnum. C'est finalement dans la valise d'un médecin américain venu pour un congrès à Prague que les négatifs parviendront jusqu'à New York.
En 1969, ces photos reçoivent le prix Robert Capa, décerné, pour protéger ses parents et lui-même, à un "photographe pragois anonyme". En août 1969, il est à Londres avec une compagnie théâtrale de Prague. Les acteurs achètent le Sunday Times Magazine , découvrent ces photos de leur ville. Koudelka regarde en silence. Sans pouvoir rien dire. Il a juste parlé à son père, qui lui répond : "Si j'avais ton âge, je m'en irais." En 1970, Magnum lui offre une bourse pour photographier les Tsiganes en Europe de l'Ouest. Koudelka est devenu comme eux, un exilé. Il s'installe en Angleterre, puis en Italie et en France. Son seul port d'attache : Magnum, dont il devient membre associé en 1971. Il reverra son père une seule fois avant sa mort. À Paris, en 1977. Il lui offre un livre de photos que celui-ci n'emporte pas. Par recoupement, les autorités pourraient découvrir que c'était lui le photographe. Koudelka s'en déclara l'auteur en 1984. Juste après la mort de son père. Et six ans avant que les Pragois, en 1990, ne découvrent enfin ces images-chocs de leur printemps.
Invasion Prague 68 , Tana éditions, 300 pages, 39,90 euros ; soirée spéciale le 12, théâtre antique.
par François-Guillaume Lorrain

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